Même en ne tenant pas compte du scrutin de 2020, qui s’est déroulé en pleine épidémie de covid-19, l’évolution est nette : entre 2014 et 2026, le taux de participation a diminué nettement aux élections municipales.
Avec un taux de 57,1 %, toutes strates confondues, la participation est en baisse de plus de 6 points par rapport à 2014, où elle s’établissait à 63,55 %. Mais il reste à savoir si cette relative désaffection pour un scrutin qui, jusqu’à présent, était l’un des plus mobilisateurs, est due au rejet général de la politique ou à la modification du mode de scrutin. En effet, depuis l’adoption de la loi qui a étendu le scrutin de liste proportionnel et paritaire à toutes les communes, beaucoup craignaient un effondrement de la participation dans les communes de moins de 1000 habitants.
Les petites communes votent toujours davantage que les grandes
Pour répondre à cette question, Maire info a croisé le fichier des résultats, commune par commune, publié hier par le ministère de l’Intérieur avec les données démographiques de l’Insee. (NB – Les chiffres donnés dans cet article sont calculés hors Mayotte et Polynésie française, et ne prennent pas en compte les scrutins d’arrondissement de Paris, Lyon et Marseille).
Première conclusion : les petites communes continuent de voter nettement plus que les grandes. Dans les communes de moins de 1000 habitants, la participation s’établit en effet à environ 64 %, contre 58,5 % en moyenne dans les communes de plus de 1 000 habitants. Le taux de participation, de façon générale, s’amenuise de façon proportionnelle à la taille des communes : Il s’établit autour de 57 % pour les communes de 5 000 à 10 000 habitants, de 53 % pour la tranche 10 000 – 50 000 habitants et à 51,7 % pour celles de plus de 50 000 habitants.
Néanmoins, il faut noter que la baisse de la participation est plus marquée dans les petites communes dans les grandes : pour mémoire, en 2014, les communes de moins de 1 000 habitants avaient participé à hauteur de 75 %, soit 11 points de plus que dimanche dernier. Alors que, dans les grandes villes, la participation, bien que plus faible, est à peu près stable.
On assiste donc probablement au mélange d’une désaffection pour la politique et les élections qui gagne l’ensemble des communes – ou du moins une partie croissante de ses habitants – et d’une évolution du mode de scrutin, avec la fin du panachage, qui a pu pousser un certain nombre d’électeurs à bouder les urnes.
Le déterminant social reste également très présent : les départements urbains les plus pauvres sont toujours ceux où l’on vote le moins, avec toujours, en tête de ce palmarès, la Seine-Saint-Denis, où la participation n’a été que de 46,7 %, plus de dix points en dessous de la moyenne nationale.
Vitalité démocratique
En la matière, c’est naturellement le nombre de listes en concurrence qui a été déterminant. Dans les communes où seule une liste était en lice, et était donc assurée d’être élue avec 100 % des voix quel que soit le nombre d’électeurs, ceux-ci étaient naturellement moins enclins à se déplacer – le résultat étant, en quelque sorte, acquis d’avance. Pourtant, le taux de participation dans ces communes ne s’est pas effondré de façon dramatique, comme le prévoyaient quelques pessimistes : dans les 19 300 communes où il n’y avait qu’une seule liste, le taux de participation s’établit à un peu plus de 59 %. Ce qui signifie que 6 électeurs sur 10, même en connaissant d’avance le résultat, ont tenu à se déplacer pour élire leurs conseillers municipaux, ou par esprit citoyen, ou dans la volonté de légitimer démocratiquement celui-ci. Cela apparaît comme un bon signe de vitalité démocratique.
Mais l’écart est malgré tout impressionnant entre les communes de moins de 1 000 habitants qui ont vu se présenter au moins deux listes concurrentes : au nombre de 5 150 environ, elles ont connu un taux de participation de 76,4 %, soit presque 20 points de plus que celles où il n’y avait qu’une seule liste. Presque 600 de ces communes ont eu un taux de participation de plus de 90 %, et près de 2 400 un taux de plus de 80 % de participation.
Il est également à noter que dans la majorité de ces communes, l’élection a été très équilibrée, ou en tout cas avec, le plus souvent, des écarts inférieurs à 10 points entre les deux listes. Signe que le débat démocratique a joué à plein et que l’effet « projet contre projet », souhaité par les défenseurs de la réforme du scrutin, a été au rendez-vous.
Les bulletins blancs et nuls, plus nombreux dans les petites communes
Deux autres questions pouvaient se poser avant le scrutin : dans les communes de moins de 1 000 habitants, où le panachage est désormais impossible, des électeurs allaient-ils manifester leur mécontentement en votant blanc de façon plus importante qu’ailleurs ? D’autres allaient-ils protester en panachant quand même, ou bien rayer ou ajouter des noms par habitude, leur bulletin devenant, de ce fait, nul ?
En regardant les chiffres des votes non valablement exprimés, c’est-à-dire blancs ou nuls, il semble que la réponse soit oui.
Dans les communes de plus de 1 000 habitants, le taux de bulletins blancs s’établit à 2,48 % des votants et celui des bulletins nuls à 1,98 %. Dans celles de moins de 1 000 habitants, les chiffres sont beaucoup plus importants : 4,1 % de bulletins blancs et 7,17 % de bulletins nuls.
C’est dans les communes de moins de 1 000 habitants n’ayant qu’une seule liste en lice que ces chiffres sont les plus importants : 5,3 % de bulletins blancs et presque 10 % de bulletins nuls.
SOURCE : MAIREinfo – Édition du mardi 17 mars 2026






