Quarante ans après les lois Defferre, la décentralisation française bute sur un paradoxe. Jamais les collectivités n’ont eu autant de compétences sur le papier, et pourtant nombre d’élus se disent aujourd’hui empêchés d’agir. L’étude écarte l’explication courante, celle du trop de normes et du manque de moyens, pour chercher la cause là où on ne la regarde jamais. Au fil de réformes jamais mises en cohérence, la France a bâti un système où l’État a perdu la capacité d’agir lui-même, sans pour autant renoncer à gouverner. Il continue de tenir la main, mais à distance : par les normes, les grands schémas, les financements sous condition et la multiplication des comités. À cela s’ajoute un éparpillement des acteurs et des responsabilités tel que plus personne n’a de vision d’ensemble. Résultat, un système devenu illisible, où décider ne suffit plus à faire. Face à cela, les acteurs ne restent pas les bras croisés. Ils inventent des moyens de contourner le blocage. Pour ses grands chantiers, comme Notre-Dame ou les Jeux, l’État s’autorise à suspendre ses propres règles, et tout va alors plus vite. Les collectivités, elles, se dotent d’outils maison pour retrouver, à leur échelle, une capacité d’action que le droit commun ne leur donne plus. Preuve, en creux, que le système ordinaire ne fonctionne plus. L’étude avance six propositions pour redonner aux territoires des prises concrètes : résolution des blocages, dérogation territoriale élargie, communs d’ingénierie, circulation des cadres, simplification ciblée et revues par politique publique. Et elle déplace la question : le vrai enjeu n’est pas de décentraliser plus ou moins, mais de choisir enfin un modèle, ce que la France n’a jamais osé faire.
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